Programme Sahel–Lac Tchad
Mise en œuvre locale de la Grande Muraille Verte
Appuyer les collectivités locales dans la planification territoriale intégrée, la restauration des terres et le renforcement de la résilience des communautés vivant dans des territoires affectés par les conflits.
Une proposition de l’Association La Route du Sel et de l’Espoir – LA ROSE
Agir dans des territoires fragilisés par plusieurs crises
Dans le Liptako-Gourma et le bassin du lac Tchad, les conflits, les déplacements de populations, le changement climatique et la dégradation des ressources naturelles fragilisent les moyens d’existence.
L’accès à l’eau, aux terres cultivables, aux pâturages, aux zones de pêche, aux marchés et aux services essentiels devient plus difficile. Les restrictions de déplacement et la fermeture de certains services accentuent l’isolement des communautés.
Ces difficultés dépassent les frontières administratives. Les bassins versants, les couloirs de transhumance, les marchés, les activités agricoles et pastorales ainsi que les réseaux de solidarité relient des territoires appartenant à plusieurs pays.
Le Programme Sahel–Lac Tchad propose une réponse territoriale fondée sur la coopération entre collectivités locales et sur la mise en œuvre locale de la Grande Muraille Verte.
Deux pôles territoriaux complémentaires
Pôle Ouest : le Liptako-Gourma
Le Pôle Ouest concerne des territoires du Niger, du Mali et du Burkina Faso.
Il bénéficie d’une avance importante : les premières étapes de planification transfrontalière ont déjà été réalisées dans le cadre du Schéma d’aménagement transfrontalier intégré – SATI, avec le concours de l’UEMOA.
Le dialogue territorial, le diagnostic partagé, l’élaboration du schéma intégré et l’inscription d’un volet consacré à la Grande Muraille Verte constituent donc des acquis. Le programme doit maintenant aider les collectivités à traduire ces orientations en programmes d’action concrets, techniquement préparés et finançables.
L
Pôle Est : le bassin du lac Tchad
Le Pôle Est concerneoncerne des territoires du Tchad, du Niger, du Nigeria et du Cameroun.
Il doit être accompagné pour conduire les premières étapes du processus : dialogue entre collectivités et communautés, diagnostic territorial, élaboration d’un schéma intégré et inscription des activités de la Grande Muraille Verte.
Cette démarche prendra appui sur les études existantes et sur les cadres de coopération de la Commission du Bassin du Lac Tchad, afin de compléter les travaux disponibles sans les reproduire.
Faire des collectivités locales le point d’ancrage de l’action
Dans les situations où la présence des services de l’État est fortement réduite, les collectivités locales restent souvent les seules institutions publiques conservant un lien direct avec les communautés.
Leur connaissance des territoires, des usages et des acteurs leur permet de maintenir le dialogue, de faire émerger les besoins et de porter des choix collectifs, y compris dans des conditions difficiles.
Le programme reconnaît les collectivités comme les actrices centrales de la démarche. Elles doivent participer directement :
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à la définition des orientations territoriales ;
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à la validation des schémas ;
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à la sélection et à la localisation des activités ;
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à la négociation des règles d’accès aux ressources ;
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au suivi des résultats ;
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à l’entretien et à la pérennisation des réalisations.
Le programme prévoit donc de renforcer leurs capacités humaines, techniques et institutionnelles.
Inscrire la Grande Muraille Verte dans un projet de territoire
La restauration des terres ne peut être durable si elle est conduite séparément de la gestion de l’eau, des activités agricoles et pastorales, des droits d’usage, de l’accès aux marchés et des besoins économiques.
Le schéma d’aménagement du territoire intégré doit permettre de déterminer avec les collectivités et les communautés :
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les espaces à restaurer ;
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les usages à préserver ou à organiser ;
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les besoins en eau et en services ;
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les activités économiques à soutenir ;
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les risques de tensions foncières ou d’exclusion ;
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les actions relevant de la Grande Muraille Verte.
La Grande Muraille Verte devient ainsi une composante d’un projet territorial plus large, et non une succession d’activités isolées.
Un processus adapté à l’avancement de chaque pôle
Le programme repose sur six étapes :
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Organiser le dialogue territorial et établir un diagnostic partagé ;
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Élaborer un schéma d’aménagement du territoire intégré ;
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Inscrire la Grande Muraille Verte dans ce schéma ;
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Préparer des programmes d’action territoriaux hiérarchisés et chiffrés ;
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Mobiliser les partenariats et les ressources nécessaires ;
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Mettre en œuvre, suivre et pérenniser les activités.
Les trois premières étapes ont déjà été réalisées au Pôle Ouest dans le cadre du SATI. Celui-ci peut donc commencer directement la préparation de ses programmes d’action.
Le Pôle Est doit d’abord conduire les trois premières étapes, puis rejoindre le parcours commun. Chaque pôle avance à son propre rythme et n’a pas à attendre l’autre pour présenter ses programmes ou mobiliser des financements.
Associer planification et réponses immédiates
La préparation d’un programme structurant ne doit pas empêcher de répondre aux besoins urgents des populations.
Deux dynamiques peuvent donc être conduites parallèlement :
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une planification territoriale destinée à structurer les investissements à moyen et long terme ;
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des actions immédiates de gestion des ressources naturelles et d’amélioration des conditions de vie, lorsque les besoins sont établis et que les conditions de sécurité le permettent.
Les activités pourraient notamment concerner :
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la restauration des terres et de la végétation ;
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la gestion de l’eau ;
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l’agriculture, l’élevage et la pêche ;
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les parcours pastoraux et la transhumance ;
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les activités génératrices de revenus ;
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l’accès aux services essentiels ;
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la prévention des conflits liés à l’usage des ressources.
Une gouvernance fondée sur des responsabilités complémentaires
Les collectivités locales
Elles portent le processus territorial, valident les priorités et suivent leur mise en œuvre avec les communautés.
L’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte
Son portage institutionnel régional est proposé afin d’assurer la cohérence avec la Grande Muraille Verte, le dialogue avec les États et l’articulation avec les structures nationales compétentes.
LA ROSE
LA ROSE accompagne et facilite le processus. Son appui est adapté à chaque pôle :
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au Pôle Ouest, elle contribue à transformer les acquis du SATI en programmes d’action ;
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au Pôle Est, elle accompagne également les étapes de concertation, de diagnostic et de planification.
Elle mobilise les compétences nécessaires, soutient les échanges entre collectivités, encourage la coopération scientifique et accompagne la recherche de partenariats. Elle ne se substitue ni aux collectivités dans les choix territoriaux, ni aux États dans leurs compétences, ni aux partenaires financiers dans leurs décisions.
Les institutions régionales et nationales
C3 Sahel, le CCT-UEMOA, l’Autorité de développement intégré des États du Liptako-Gourma et la Commission du Bassin du Lac Tchad pourraient contribuer selon leurs mandats respectifs. Les États garantiraient l’articulation avec les politiques nationales, les cadres de décentralisation et les structures nationales de la Grande Muraille Verte.
Les institutions scientifiques
L’Université de Diffa est envisagée comme point d’appui scientifique pour le bassin du lac Tchad, en réseau avec les universités et institutions partenaires des deux pôles, notamment à Dori et à Gao.
Des résultats concrets attendus
Le programme doit permettre :
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à des collectivités mieux préparées de conduire une démarche territoriale inclusive ;
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de valoriser les acquis du SATI dans le Liptako-Gourma ;
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d’établir des schémas intégrés dans le bassin du lac Tchad ;
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d’identifier et de localiser les activités de la Grande Muraille Verte ;
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de préparer des programmes d’action techniquement solides ;
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de mobiliser des ressources sur la base de priorités validées localement ;
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de restaurer les terres et soutenir des systèmes productifs résilients ;
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d’améliorer la gestion partagée des ressources et la cohésion entre usagers.
Le suivi devra distinguer les acquis déjà obtenus au Pôle Ouest des nouveaux résultats produits par le programme.
Des financements mobilisés à partir des besoins territoriaux
La recherche de financements interviendra après la définition et la validation des programmes d’action. Les montants demandés découleront donc des priorités retenues par les collectivités, et non d’une enveloppe fixée à l’avance.
La Banque africaine de développement pourrait être sollicitée comme partenaire stratégique, aux côtés des fonds climatiques, des financements publics, de la coopération décentralisée, des fondations et d’autres partenaires.
L’ordre de grandeur actuellement envisagé pour les investissements sur sept ans — entre 100 et 250 millions de dollars — reste exploratoire. Il devra être recalculé après la planification et la préparation technique. Il ne constitue pas un financement acquis.
Une proposition ouverte au dialogue et aux partenariats
Le Programme Sahel–Lac Tchad est une proposition soumise à l’examen des collectivités, de l’Agence panafricaine de la Grande Muraille Verte, des États, des institutions régionales, des organisations scientifiques et des partenaires techniques et financiers.
Les prochaines étapes consistent à définir les collectivités participantes, confirmer les responsabilités institutionnelles et préparer un programme de travail adapté à l’avancement de chaque pôle.
